[L’Art de l’attention / The Art of Noticing – 7min25 – Ecouter au casque / Listen with headphones]

(English below)

« L’Art de l’attention » est une composition électroacoustique réalisée à partir d’enregistrements bio-acoustiques passifs du jardin de la MSH Paris Nord. Cette composition a été réalisée pour une installation sonore (spatialisée sur 8 haut-parleurs) et une promenade sonore et découverte de ce jardin lors des « Rendez-vous aux jardins » (2021).
Programme de ces journées disponible en français ici: https://www.mshparisnord.fr/event/rendez-vous-aux-jardins-2021/ 

Résumé : « Enregistrer et écouter les non-humains : approche musicienne du territoire sonore d’un jardin en mouvement »
Depuis novembre 2020, j’ai posé un enregistreur bioacoustique dans un arbre au centre du jardin de la MSH Paris Nord à Saint-Denis. Ce jardin, conçu par les paysagistes Juliette Bailly-Maître et Ronan Gallais, est un lieu de biodiversité. Conçu comme un « jardin en mouvement » (Clément 1991), les espèces plantées et/ou déjà présentes au moment de la conception y sont laissées libres à la reconquête, simplement guidées par quelques fauches annuelles. Ce jardin est interdit aux humains une grande partie de l’année, permettant aux non-humains : oiseaux, insectes, chats parfois, de s’approprier ce territoire.
L’enregistreur bioacoustique (Audiomoth), est un petit appareil discret, avec un code en « open access », qui peut enregistrer quand nous ne sommes pas là, à des fréquences qui comprennent et vont au-delà de l’écoute humaine (384kHz). Après collecte, écoute, et parfois remise à l’échelle des échantillons (entre 20Hz et 20kHz pour l’humain) nous pouvons alors constituer une cartographie sonore de ce qui peut se construire quand nous ne sommes pas là. Grâce à cette collecte nous pouvons alors constituer un patrimoine invisible, seulement audible, un patrimoine sonore de l’ordinaire et de la biodiversité d’un lieu de reconquête au milieu d’une ville post-industrielle. Ces enregistrements nous donnent la dimension des territoires sonores que se constituent les non-humains – qui dépasse le territoire physique du jardin lui-même.

Écouter le vivant non-humain et humain nous permet aussi de comprendre les relations en jeux entre la ville et le jardin. Au-delà de l’idée de patrimoine, c’est bien l’écoute de la construction en cours d’un tissu de relations émergeantes dans un espace en reconquête qui est révélé ici. Il s’agit ainsi d’une écoute de l’hybridation qui nous permet de pratiquer l’art de l’attention : écouter et révéler l’extraordinaire au sein même d’un milieu typique des marges de l’anthropocène qui pourrait être définit ici comme « troisième nature » (Tsing 2017).
Alors, la question est la suivante : comment une musicienne s’approprie un outil bioacoustique dans une optique de connaissance du monde et en participant ainsi à l’enregistrement de la mémoire sonore des non-humains ? J’ai choisi, avec ce projet de recherche-création, de tisser des liens entre les mondes. Il s’agit de construire des communautés d’écoute grâce à des ateliers publics, de transmettre et partager cette expérience de l’écoute des non-humains imbriqués dans un tissu sonore humain.

Il s’agit aussi de proposer des recompositions, des réinterprétations créatives de ce que j’ai entendu et collecté. Car l’enjeu aujourd’hui, est bien de « vivre-avec » et « faire-avec » (Haraway 2020), c’est-à-dire de comprendre notre monde à travers l’écoute et la transmission de processus et méthodologies créatives qui permettent le tissage de nouvelles relations sonores entre humains et non-humains.

Ressources:
– Enregistreur Audiomoth : https://www.openacousticdevices.info/audiomoth
– Base de donnée collectant les enregistrements du jardin de la MSH Paris Nord : https://arbimon.rfcx.org/project/msh-garden-audiomoth/audiodata/recordings

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« The Art of Noticing » is an electroacoustic composition made with passive acoustic monitoring recordings from the MSH Paris Nord garden. This composition was made for a sound installation (8 channels acousmonium) and sound walk&discovery of this garden during the « Rendez-vous aux jardins » (2021).
Program of these journées available in french here: https://www.mshparisnord.fr/event/rendez-vous-aux-jardins-2021/ 

Abstract: « Recording and listening to non-humans: a musician’s approach to the sound territory of a garden in motion »

Since November 2020, I have installed a bioacoustic recorder in a tree in the center of the MSH Paris Nord garden in Saint-Denis. This garden, designed by landscape architects Juliette Bailly-Maître and Ronan Gallais, is a place of biodiversity. Conceived as a « garden in motion » (Clément 1991), the species planted and/or already present at the time of conception are left free to reclaim territories, simply guided by a few annual mowings. This garden is forbidden to humans for a large part of the year, allowing non-humans: birds, insects, cats sometimes, to appropriate this territory.
The bioacoustic recorder (Audiomoth), is a small discreet device, with an open access code, which can record when we are not there, at frequencies that include and go beyond human listening (384kHz). After collecting, listening, and sometimes scaling the samples (between 20Hz and 20kHz for humans) we can then constitute a sound map of what can be built when we are not there. Thanks to this collection we can then constitute an invisible heritage, only audible, a sound heritage of the ordinary and of the biodiversity of a place of reconquest in the middle of a post-industrial city. These recordings give us the dimension of the sound territories that non-humans constitute for themselves – which goes beyond the physical territory of the garden itself.

Listening to the non-human and human living world also allows us to understand the relationships at play between the city and the garden. Beyond the idea of heritage, it is indeed the listening of the construction in progress of a fabric of emerging relations in a space in reconquest that is revealed here. It is thus a listening to hybridization that allows us to practice the art of noticing: listening to and revealing the extraordinary within a typical environment on the margins of the Anthropocene that could be defined here as « third nature » (Tsing 2017).
So, the question is: how does a musician appropriate a bioacoustic tool in a perspective of knowledge of the world and thus participating in the recording of the sound memory of non-humans? With this research-creation project, I have chosen to weave links between worlds. It is a question of building listening communities thanks to public workshops, of transmitting and sharing this experience of listening to non-humans embedded in a human sound fabric.

This research-creation is also about proposing recompositions, creative reinterpretations of what I have heard and collected. For the challenge today is to « live-with » and « do-with » (Haraway 2020), that is to say, to understand our world through listening and the transmission of creative processes and methodologies that allow the weaving of new sonic relationships between humans and non-humans.

Ressources:
– Audiomoth passive accoustic monitoring : https://www.openacousticdevices.info/audiomoth
– MSH Paris Nord garden monitoring database : https://arbimon.rfcx.org/project/msh-garden-audiomoth/audiodata/recordings

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